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Conseil d'État (France)

From fonction-publique.com

Conseil d'État (France)

Le Conseil d’État est la plus haute juridiction administrative française et constitue également le principal conseiller du gouvernement pour la rédaction de projets de lois, d’ordonnances et de certains décrets. Créé en 1799 sous le Consulat par Napoléon Bonaparte, il incarne la tradition de la Fonction publique d’État et joue un rôle central dans l’architecture institutionnelle de la France.

Historique

La création du Conseil d’État remonte à la Constitution du 22 frimaire an VIII (13 décembre 1799), qui marque la naissance du Consulat sous l’impulsion de Napoléon Bonaparte, Premier Consul. L’idée d’une instance conseillant le pouvoir exécutif et jugeant les litiges administratifs s’inspire des institutions de l’Ancien Régime, notamment le Conseil du Roi.

Tout au long du XIXe siècle, sous la Restauration, la Seconde République, le Second Empire, puis la Troisième République, les missions du Conseil évoluent. Le loi du 24 mai 1872, qui pose les bases de la juridiction administrative indépendante, est une date majeure : le Conseil d'État ne se contente plus d’émettre des avis, il rend des arrêts au nom du peuple français.

Organisation

Le Conseil d’État siège au Palais-Royal, dans le 1er arrondissement de Paris.

Sections administratives et contentieuses

Il se compose de sept sections, dont :

Composition et membres

Le Conseil d’État comprend :

Le vice-président assure la fonction de chef de l'institution depuis Pierre Legendre, l'actuel titulaire étant Didier-Roland Tabuteau (depuis janvier 2022).

Principaux vice-présidents depuis 1950
Nom Période
Pierre Legendre 1959–1964
Bruno Genevois 1995–2000
Jean-Marc Sauvé 2006–2018
Didier-Roland Tabuteau Depuis 2022

Missions

Le Conseil d’État assure deux missions principales : conseil et juridiction.

Fonction consultative

Le Conseil d’État est consulté de manière obligatoire ou facultative par le Premier ministre et les ministres sur les projets de loi, de décret, d’ordonnance et sur certaines questions administratives. Il émet des avis juridiques. Par exemple, il intervient dans la formulation du Code général de la fonction publique, des décrets d’application et lors de la réforme du Code du travail ou du Code de la sécurité sociale.

Fonction contentieuse

Il est la plus haute juridiction administrative, au sommet du système composé des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel. Il statue en dernier ressort sur l’ensemble des litiges portant sur :

Le Conseil d’État conserve une compétence directe pour certains recours (« recours pour excès de pouvoir », référé-liberté…), et connaît également des pourvois en cassation contre les arrêts des cours administratives d’appel.

Procédures contentieuses principales traitées par le Conseil d’État
Procédure Description
Recours pour excès de pouvoir Annulation d’une décision administrative illégale
Recours en appréciation de légalité Demande sur la compatibilité d’un acte avec la loi
Référé-liberté Procédure d’urgence en cas d’atteinte grave à une liberté fondamentale
Pourvoi en cassation Contrôle de la correcte application de la loi par la juridiction d’appel

Place dans la justice administrative

Le Conseil d’État est le pilier de la justice administrative. Il exerce un contrôle sur les actes de l’administration, aux côtés des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel. Il siège également comme instance disciplinaire (par exemple, pour les membres des ordres professionnels) ou comme juge électoral pour des scrutins majeurs (élections européennes, municipales, etc.).

Sous l’autorité du vice-président, il entretient aussi des liens institutionnels avec le Conseil constitutionnel, la Cour de cassation, la Cour des comptes, le commissaire du gouvernement et l’ENA (aujourd’hui INSP), qui forment nombre de ses membres.

Grands arrêts et influence

Le Conseil d’État a rendu des grands arrêts qui fondent la jurisprudence administrative :

  • Blanco (1873) : fondement de la responsabilité de l’État
  • Nicolo (1989) : contrôle de la conformité des lois aux traités
  • Dame Lamotte (1950) : principe du recours pour excès de pouvoir

Sa jurisprudence influence non seulement la vue des juridictions administratives et des collectivités locales, mais aussi le fonctionnement quotidien de l’administration centrale.

Recrutement et carrière

Les membres du Conseil d’État sont issus pour partie du Grand concours de l’ENA (ENA/INSP), par la voie du tour extérieur (haut fonctionnaires et personnalités qualifiées), ou par promotion interne. La section du contentieux est souvent dominée par des juristes de haute volée, certains membres poursuivant une carrière politique (parmi lesquels Raymond Odent, Geneviève Meunier, Marceau Long) ou accédant à la Cour européenne des droits de l’homme, au Conseil constitutionnel ou à la Cour internationale de justice.

Symboles et traditions

Le Conseil d’État conserve plusieurs symboles hérités de l’Ancien Régime et du XIXe siècle : épée, hermine, cérémonie d’ouverture solennelle, robes distinctives. Il dispose de salles historiques comme la Salle du contentieux ou la Salle des assemblées du Palais-Royal.

Sources et références

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