Gestion de crise
Gestion de crise
La gestion de crise désigne l'ensemble des actions, stratégies, processus et dispositifs organisationnels déployés pour anticiper, préparer, identifier, répondre et rétablir la situation face à un incident grave ou une situation critique qui menace la stabilité, la sécurité ou la légitimité d’une organisation, d’une institution, d’une collectivité ou de l’État. Elle est une composante majeure de la politique publique de sécurité et un élément central du management dans la fonction publique.
Définition et enjeux
La gestion de crise consiste à coordonner des moyens humains, matériels et informationnels pour affronter un événement d’ampleur majeure. Les crises peuvent être de nature sanitaire, sécuritaire, environnementale, économique ou politique. Elles impliquent traditionnellement divers acteurs institutionnels, dont le Premier ministre, le ministère de l’Intérieur, le ministère des Armées, les préfets, les collectivités territoriales, la Protection civile, mais également les services de secours (notamment les sapeurs-pompiers, le SDIS, le Samu, la Police nationale et la Gendarmerie nationale).
Les enjeux principaux de la gestion de crise sont la protection des personnes, la sauvegarde des biens, la continuité des services publics et le maintien de la confiance entre l’État et les citoyens.
Typologies de crises
Les crises peuvent être classées selon différents critères :
- Crises naturelles : inondations, tempêtes, séismes, canicules.
- Crises technologiques : accidents industriels (ex. : AZF), pollutions, interruptions des réseaux essentiels.
- Crises sanitaires : pandémies (ex. : Covid-19), intoxications collectives.
- Crises sécuritaires : attentats (ex. : 13 novembre 2015), prises d'otages.
- Crises économiques et sociales : grèves massives, mouvements sociaux, effondrement financier.
- Crises institutionnelles et politiques : vacance du pouvoir, scandales affectant l'intégrité des institutions.
Acteurs de la gestion de crise dans la fonction publique
| Acteur principal | Attributions clés | Exemples d’intervention |
|---|---|---|
| Premier ministre | Pilotage interministériel, décision de l’activation de la cellule interministérielle de crise (CIC) | Coordination nationale lors d’attentats de grande ampleur |
| Ministère de l’Intérieur | Sécurité civile, organisation des secours, communication de crise | Direction des sapeurs-pompiers, gestion de l’alerte et des évacuations |
| Préfet | Autorité sur le terrain, déclenchement des plans de secours locaux, coordination avec les collectivités | Mise en œuvre du Plan ORSEC |
| Collectivité territoriale | Soutien logistique, hébergement d'urgence, communication locale | Organisation de centres d’accueil, aide aux populations |
| SDIS | Secours à personnes, lutte contre les incendies, désincarcération | Intervention lors d’accidents de grande ampleur |
| Samu | Urgences médicales, prise en charge des blessés | Médicalisation du poste de commandement avancé |
| Police nationale / Gendarmerie nationale | Maintien de l'ordre, sécurisation des zones, police judiciaire | Évacuation et sécurisation de périmètres à risques |
| Agence régionale de santé | Surveillance sanitaire, coordination des établissements de santé | Gestion de la réponse hospitalière lors d’épidémies majeures |
Phases de la gestion de crise
La gestion de crise s’articule en plusieurs phases :
1. Prévention et préparation
La phase amont comprend l’identification des risques via l'analyse de risques, la formation des agents, la planification par des dispositifs tels que le Plan ORSEC, le Plan blanc, le Plan Vigipirate ou encore le Plan Communal de Sauvegarde.
2. Détection et alerte
Les dispositifs de veille et d’alerte (ex. : dispositifs Vigicrues, Météo-France, SAIP) permettent la détection rapide de situations potentiellement critiques, et le déclenchement d’alertes auprès de la population et des acteurs concernés.
3. Gestion opérationnelle (réponse)
La phase de réponse active implique l’activation des centres de commandement, la mobilisation des équipes d’intervention (ex : CIC, COD, COGIC), la coordination des secours et la mise en œuvre des mesures d’urgence (évacuation, soins, sécurisation).
4. Communication de crise
La gestion de la communication – interne comme externe – est déterminante pour conserver la confiance des populations. Le Porte-parole du gouvernement, les cellules de communication ministérielles et les préfectures élaborent et diffusent des messages adaptés.
5. Retour d’expérience et adaptation
Après la crise, la réalisation du retour d’expérience (RETEX) permet d’identifier les forces, faiblesses et axes d’amélioration du dispositif collectif. Ce processus est essentiel pour ajuster les plans et procédures en vue de crises ultérieures.
Plans et dispositifs majeurs en France
| Dispositif | Objectif général | Périmètre |
|---|---|---|
| Plan ORSEC | Organisation de la réponse de sécurité civile pour tous types de risques | Départemental, zonal, national |
| Plan blanc | Réponse à l'afflux massif de victimes dans les établissements hospitaliers | Hôpitaux, cliniques |
| Plan Vigipirate | Lutte contre le terrorisme et protection des populations | Territoire national |
| Plan Communal de Sauvegarde (PCS) | Organisation des secours et des moyens locaux au niveau communal | Communes |
| Plan Rouge | Gestion des accidents à grand nombre de victimes | Interservices, secours et santé |
Exemples notables de gestion de crise en France
- Attentats de Paris 2015 : mobilisation exceptionnelle des forces de l'ordre, activation du CIC.
- Explosion d’AZF 2001 : intervention massive du SDIS et de la sécurité civile, coordination interministérielle.
- Crise de la COVID-19 en France : activation nationale du Plan blanc, gestion unifiée des agences régionales de santé, application de mesures de confinement du gouvernement français.
Compétences requises et métiers
La gestion de crise nécessite des compétences en management des risques, leadership, prise de décision, communication, travail en équipe, analyse de situation. Plusieurs métiers de la fonction publique, notamment Directeur des opérations de secours, officier de sapeurs-pompiers, préfet, responsable sécurité, chargé de communication de crise, sont régulièrement impliqués.
Outils et nouvelles technologies
L’essor des technologies numériques permet l’usage de systèmes d’alerte automatisés, d’applications mobiles de gestion de l’urgence, de cartographie numérique (ex : systèmes d'information géographique) et d’analyse des réseaux sociaux pour le suivi en temps réel des événements de crise. Les plateformes comme Géorisques et des outils internes comme le logiciel SINUS (Système d’Information Numérique Standardisé) facilitent le recueil et la transmission d’informations pertinentes.
Formation et culture de gestion de crise dans la fonction publique
Divers organismes tels que l’ENSOSP, l’INHESJ, et le CNFPT proposent des programmes de formation spécifiques à la gestion de crise. Le développement d’exercices de simulation, le partage du RETEX et la diffusion d’une véritable culture de gestion de crise dans la fonction publique favorisent la montée en compétence des agents.
Voir aussi
- Sécurité civile
- Risques majeurs
- Protection des populations
- Services publics
- Plan Vigipirate
- CIC
- Résilience
- Communication de crise
Références
- Loi n°2004-811 du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile
- Guide ORSEC – Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises
- Site officiel Gouvernement français
- Publications Ministère de l’Intérieur